N’Djaména, 14 juillet 2025 – Le gouvernement tchadien a acté, par décret présidentiel, la dissolution effective de la Société nationale d’électricité (SNE) et la création d’une nouvelle structure publique baptisée TchadElec, destinée à reprendre en main l’ensemble des activités de production, de transport et de distribution de l’énergie électrique dans le pays. Une réforme majeure censée marquer un tournant dans la gouvernance du secteur, longtemps décrié pour son inefficacité chronique.
Un changement structurel annoncé par décret
Le décret n°1292/PR/PM/MEE/2025, signé le 7 juillet 2025, prévoit la mise en place immédiate de TchadElec, une entreprise publique détenue à 100 % par l’État tchadien, et dotée d’un mandat élargi pour restructurer la chaîne de valeur électrique nationale. La SNE, institution née en 2011 pour remplacer la STEE (Société tchadienne d’eau et d’électricité), est ainsi écartée après plus d’une décennie de performances en demi-teinte.
Une réponse à l’échec de la SNE
La décision de dissoudre la SNE intervient après plusieurs années de crises récurrentes, marquées par des coupures d’électricité fréquentes, un réseau vétuste et des pertes financières importantes. Selon des sources gouvernementales, plus de 150 milliards de FCFA ont été injectés dans la SNE au cours des dix dernières années, sans résultats probants sur la qualité du service rendu aux usagers.
« L’État ne peut plus continuer à financer l’inefficacité », a déclaré un conseiller au ministère de l’Énergie, soulignant que la gouvernance de la SNE avait été entachée par des problèmes de gestion, de corruption et de gaspillage des ressources.
TchadElec : une nouvelle ambition énergétique
Selon les termes du décret, TchadElec hérite des actifs techniques et juridiques de la SNE, mais devra s’appuyer sur une nouvelle gouvernance, recentrée sur la performance, la transparence et la modernisation du service public de l’électricité. La société devra également travailler à la diversification du mix énergétique du pays, notamment par l’intégration accrue des énergies renouvelables dans les zones rurales.
Un comité technique de mise en œuvre a été installé pour superviser la transition. Les employés de la SNE devraient, en principe, être reclassés au sein de la nouvelle entité, bien que des syndicats aient déjà exprimé leurs préoccupations concernant les garanties sociales et la continuité des droits.
Réactions contrastées
La réforme a suscité des réactions mitigées. Si plusieurs acteurs du secteur privé et de la société civile saluent une décision « courageuse » et « attendue de longue date », certains observateurs mettent en garde contre le risque de reproduire les mêmes erreurs si les mécanismes de gestion ne sont pas profondément revus.
Sur les réseaux sociaux, les débats sont vifs. Le hashtag #TchadElec est apparu ce matin sur la plateforme X (ex-Twitter), alimenté par des internautes tantôt optimistes, tantôt sceptiques.
Une opportunité à ne pas manquer
Pour le gouvernement, cette réforme s’inscrit dans une logique de refondation des services publics. Le président Mahamat Idriss Déby Itno avait fait de la lutte contre l’inefficacité administrative et les pénuries chroniques un axe prioritaire de son programme post-électoral.
Avec TchadElec, le Tchad tente de tourner la page d’une décennie d’échecs dans le domaine de l’énergie. Reste à savoir si cette nouvelle entreprise saura répondre aux attentes d’une population lassée des promesses non tenues et en quête d’un accès fiable, équitable et durable à l’électricité.